Rapport Moral et d’Activité

RAPPORT MORAL ET D’ACTIVITÉ
Année 2012

Assemblée Générale 2013


anticrepuscular-rays-283456_1280C’est un changement d’époque. Durant les trente glorieuses, les injustices jugées prioritaires étaient les inégalités économiques. La société était construite sur des choses sociales et l’idée que le progrès était fait pour faire avancer tout le monde. Quand j’étais à l’école on disait à l’enfant d’ouvrier « tu seras ouvrier comme ton père, mais la condition ouvrière s’améliorera ». Le discours a changé on dit « si tu veux échapper à ce sort, travaille à l’école ».

Cette réflexion peut s’expliquer par la métaphore des chaises musicales, auparavant tout le monde avait une chaise et on ne discutait que de la taille des chaises, c’était la lutte des classes. Aujourd’hui les chaises se font rares, nous sommes donc amenés à discuter de la légitimité de celui qui s’y assoit, pourquoi se sont toujours les mêmes !

Beaucoup de discriminés affirment « je veux avant tout être reconnu dans ma singularité individuelle ». Quand on se pose comme une victime, on risque de ne plus agir, de ne plus se lever le matin pour se battre.

Le chômage nous l’évoquons tous les jours, mais principalement sur le registre de la quantité, du chiffre, de l’abstraction. Combien de chômeurs de plus ? Quel pourcentage des actifs ? Cette « gouvernance par les nombres » correspond à un rétrécissement de la décision démocratique que décrit assez bien le juriste Alain Supiet. Elle permet de tenir à distance la réalité encombrante de cette tragédie malodorante, populaire et mouillée de larmes. Or, quand il atteint ce niveau et cette durée, le chômage est bien autre chose qu’une série de chiffres. Il est une souffrance individuelle dupliquée à l’infini. Une désespérance individuelle qui coupe la respiration, un dégout de vivre qui progresse.

Être chômeur, ce n’est pas seulement perdre son emploi et ses revenus. C’est vivre un effacement progressif, une relégation psychique. C’est passer des journées entières devant un ordinateur ou à écrire des centaines de suppliques, à poster des C.V. en guettant d’improbables réponses. Et cela, mois après mois.

Adieu le monde !

Peu à peu l’estime de soi s’effilocha… Le doute vous pénètre et vous vrille. Suis-je encore utile à quelque chose ? Demain il faudra trouver un reliquat d’énergie pour aller dans une file d’attente, faire bonne figure devant les amis ou les enfants ! Qui vous demanderont « alors ou en es-tu ? ». À force bien sûr le corps se défait. On mange mal, on grossit, on est envahi par une résignation qui flotte en vous comme un gaz toxique. « Ne me reçois pas je suis plein de larmes » écrivait le romancier Henri Calet. Chaque chômeur pourrait le dire. Écoutant leurs paroles, on mesure le gouffre qui sépare cette réalité du prétendu  » débat  » démocratique.

Ce gouffre nous fait honte. Si nous décidions d’en parler pour de bon du chômage, la politique prendrait peut-être chair, enfin …

La mission d’accompagnement des personnes en situation d’isolement et d’exclusion sociale nécessite la mobilisation de toutes compétences qui font l’identité du Centre Social. Nous sommes des agents d’insertion légitimes et efficaces. Certes nous ne sommes pas les seuls. Mais ce qui fait notre originalité, c’est la volonté de construire un projet global, même si nous reconnaissons la nécessité des spécialisations techniques et sectorielles. Non pas la prétention à exercer un quelconque pouvoir sur cette globalité mais le rappel permanent de la mobilisation des citoyens, le rappel concret que la population est souveraine, car c’est bien « l’habitant » mieux encore que l’usager qui est au cœur du projet du Centre Social.

Cette mobilisation n’a été constructive et efficace qu’au travers d’interférences provoquées et de combinaisons imaginées et développées entre toutes les ressources dont nous sommes porteurs : humaines, techniques, internes et externes

  •  beaucoup d’années passées à écouter, anticiper créer des opportunités, valoriser les efforts, repérer et développer les compétences de chacun des acteurs,
  • beaucoup de temps passé à accompagner au mieux des parcours : favorisant l’investissement personnel, l’implication collective et solidaire, la reconstruction individuelle ou familiale

L’échange en interne, mais aussi la possibilité donnée aux adhérents et bénéficiaires d’agir et d’exprimer, ont été des éléments essentiels à la définition de nos fonctions et la confirmation de notre Mission d’accompagnement d’insertion.

  1. Faire du Centre Social un lieu d’animation de la vie sociale :
    Espace d’animation et de développement de savoirs
    Espace de « libre court » aux initiatives
    Espace d’échange social et d’expression de « parcours de vie »
  2. Faire du Centre Social un lieu d’intervention sociale :
    Espace d’interventions et d’actions menées en réseau
    Espace de rencontres et de réflexions contribuant à la dynamique
    Espace dédié à la définition et à la construction du projet.
  3. Faire du Centre Social le « vecteur » du lien social et familial :
    Espace « ressource » pour le renforcement et la reconstruction familiale
    Espace dédié au maintien du lien et à la préservation de la cellule familiale.
  4. Faire du Centre Social un lieu de proximité :
    Espace « territoire relais » à vocation d’accueil des habitants.
    Espace de réponses « immédiates » aux demandes individuelles et collectives.
    Espace dédié à la notion de « prise en compte » et de « services rendus »

Ceci dans un souci constant de respect des valeurs et des fondements essentiels de la charte de Projet Social. Au travers de sa mission d’insertion et en consolidant sa fonction d’accompagnement socioprofessionnel, il a contribué au maintien d’actions et à la mise en place des dispositifs nouveaux liés à la socialisation des personnes en difficulté, tout en participant au développement socio-économique sur les cantons de Pons et limitrophes.

Cette compréhension dynamique et collective de la lutte contre la précarisation nous permet de mettre en évidence l’étroite articulation qui existe entre insertion et développement. Sans doute, nous savons que nos moyens en ce domaine sont limités. Mais nous pouvons y contribuer en attirant l’attention sur les problèmes que vivent les populations sur le territoire et en rappelant à nos élus qu’il est de leur compétence de les saisir de façon globale.

Même si le Centre Social, appuyé par ses professionnels et porté par des habitants associés, se veut « foyer d’initiatives » œuvrant pour le développement social de la population d’un territoire, il n’en demeure pas moins qu’il ne peut pas faire l’impasse du partenariat.

Depuis quelques temps nous avons provoqué les interactions nécessaires pour créer un « système ramifié » ou les acteurs locaux ont eu un droit de regard, pu apprécier les résultats, proposer de partager des intérêts communs, choisir de financer.

Nous avons participé à des débats d’idées, confronté nos modes opératoires et stratégies d’actions, échangé sur les pratiques et la pédagogie, assimilé des savoirs « autres » et intégré un groupe d’experts…

Le potentiel ainsi dégagé a permis d’agir pour la promotion des rapports sociaux et la reconnaissance de notre fonction d’accompagnement d’insertion.

Je pense aussi qu’exister, ce n’est pas se résigner. C’est mettre sa tâche de couleur à côté de celle de l’autre et se demander si c’est beau et si l’on est heureux, car ce n’est pas suffisant qu’il se passe des choses dans un, deux ou trois cantons ruraux, ce qui correspond à peu près à notre espace d’intervention. Les expériences que nous menons ne serviront à rien, aussi bonnes soient elles, si elles ne sont pas partagées par d’autres. Elles resteront toujours des expériences locales, qui ont remporté un succès local. Il faut qu’elles s’inscrivent dans un ensemble encore plus « reseauté » qu’il ne l’est.

Le rôle du Centre Social étant de permettre aux populations de circuler dans cette économie solidaire, d’apprendre à trouver des passerelles.

La reconnaissance des savoir-faire sur un poste d’insertion, en situation de travail constitue l’un des « versants » de notre mission : l’accompagnement professionnel

La reconnaissance sociale et la reprise de confiance en soi constitue l’autre versant : l’accompagnement social.

L’on pourrait concevoir l’un sans l’autre, mais la combinaison des deux trouve sa place dans le projet social, à condition qu’elle fasse sens.

Accompagner c’est conduire à l’autonomie

L’autonomie c’est savoir puiser les ressources là où elles sont cachées. Se les approprier. Pouvoir les utiliser. Et savoir les partager.

C’est avec réflexion mais ambition que nous devons construire notre projet global associant les aspects culturels, sociaux, économiques pour un développement dans une cadre intercommunal avec les autres acteurs du monde rural. Il faut éviter l’indifférence et l’individualisme engendrés par la morosité de la société, il faut mobiliser autour d’objectifs communs, ensemble la solidarité devient le mot prioritaire

La vision du Centre Social ne fractionne pas la vie humaine. Nous faisons de l’écoute et de la rencontre d’habitants, mais aussi de l’observation et du recueil méthodique de données, les instruments de leur analyse contribuant ainsi à l’élaboration de diagnostics territoriaux. Afin d’insérer notre action quotidienne dans un « projet social » cohérent et pluriannuel.

L’accueil des jeunes enfants est un domaine important de l’action du Centre Social, sa diversité, ses enjeux, particulièrement en termes de développement social, conduit les responsables à réfléchir sur leur sens et la manière avec laquelle ils s’intègrent dans la globalité de l’action Centre Social. Quelle place doit prendre le secteur petite enfance dans le projet d’animation globale ? Quelle place ont les professionnels de la petite enfance dans la réflexion générale du Centre Social ?

Ces questions sont à poser en permanence pour assurer une cohérence du projet qui présente alors de multiples avantages. L’intégration des enfants dans un équipement à vocation intergénérationnel permet une synergie, des actions, un accompagnement du passage de la petite enfance à l’enfance, la participation des parents, le développement de la solidarité avec eux pour faire de notre espace un lieu de vie.

Le lieu d’accueil est aussi l’occasion pour les parents de prendre des initiatives, pouvant aller jusqu’à une participation à la gestion du lieu d’accueil. Cet investissement permet d’acquérir des compétences nouvelles qui parfois peuvent être réutilisées dans d’autres domaines. Surtout cette implication est source de valorisation et de découverte du plaisir de participer. C’est donc un lieu d’exercice actif de la citoyenneté.

Toutefois ces effets sont la résultante d’une méthodologie qui associe les habitants en amont du projet, qui prévoit des instances et des moyens pour garantir une réelle collaboration parents-professionnels. Qui s’appuie sur des professionnels formés à l’implication parentale et à l’accueil des familles d’origines socioculturelles diversifiées.

Le service petite enfance du Centre Social est un levier de développement social privilégié en générant de la convivialité, de la prévention précoce, de l’insertion et peut contribuer au développement de la cité.

Ce positionnement génère un changement de mission pour les professionnels qui doivent non plus seulement se centrer sur l’accueil de l’enfant mais développer aussi des compétences en terme de développement social, méthodologique de projets, collaboration avec les parents, partenariat.

Ce changement de mission ne pourra être effectif qu’avec un accompagnement et une reconnaissance institutionnelle de ces nouvelles fonctions qui génèrerait des moyens en termes d’aides des collectivités locales.

Pour que soit compris la difficulté de résoudre conciliation entre vie familiale et professionnelle et le désir de proposer un lieu d’accueil épanouissant pour leurs enfants. Cet engagement peut voir naitre dans le cadre du changement des rythmes scolaires, un creuset d’initiatives d’accueils, lieux passerelles également avec l’école. Ces actions jeunes enfants accompagnent la réalisation de liens parentaux pour faciliter l’égalité des chances, pour rompre l’isolement de certaines familles, pour tisser des liens et des solidarités avec le voisinage, pour accroître la convivialité.

À partir du petit enfant, porteur d’avenir, un petit maillon, mais combien décisif, du lien social se met en place.

Les Centres Sociaux sont aujourd’hui dans une situation paradoxale.

Au moment où le projet Centre Social a le plus de pertinence où il semble le mieux adapté pour répondre au contexte social et politique, l’animation globale qui en constitue la valeur ajoutée, doit faire face à des incertitudes institutionnelles, à des logiques segmentées, des logiques d’appel d’offre qui remettent en cause les principes fondateurs de l’approche globale.

  1. Accueillir, écouter, rencontrer les individus et les familles dans l’espace de citoyenneté du Centre Social et leur permettre de participer à des projets collectifs, à la vie du Centre, à un projet de proximité de territoire.
  2.  Mobiliser les ressources des habitants de ce territoire, l’animation globale étant une méthode qui pose comme double nécessité : d’une part le diagnostic partagé des besoins en terme de vie sociale des personnes et des familles sur un territoire et … d’autre part, la définition avec les usagers, habitants, salariés du Centre Social et ses partenaires, des projets, des actions à mettre en œuvre pour y répondre au mieux.
  3. Développer avec ses partenaires les coopérations, l’animation globale, s’appuyant sur les ressources d’un territoire pour le développer, pour accompagner les personnes et les familles en souffrance vers l’autonomie et la dignité retrouvée. Pour cela, il faut veiller à préserver les ressources précieuses du Centre Social, qui sont insuffisantes, compte-tenu de l’ampleur de la mission et dont la diminution serait désastreuse, tant sur le plan social que sur le plan humain.
  4. Innover dans les actions, proposer, interpeller, le Centre Social est un foyer d’initiatives des habitants et un lieu réel de création de lien entre l’individu, le groupe et la société, « agir avec » plus que « faire pour ».
  5. Assurer le pilotage (humain financier) du projet de la structure, le Centre Social en tant que capacité d’animation et d’initiative, de la société civile, est un espace autonome de solidarité que contribue à la responsabilisation active des personnes et à leur émancipation.

L’animation globale est le supplément d’âme qui transcende une offre d’activités et de services sur un lieu de participation citoyenne.

L’animation globale est le cœur de l’action du Centre Social et de l’implication des partenaires. On ne répond jamais aussi bien aux besoins des familles et des habitants qu’en les impliquant dans le mouvement de leur espace de vie.

La démarche de réflexion sur l’animation globale me semble également important, pour avoir plus de lisibilité sur les actions à mener par le Centre Social et les moyens nécessaire correspondants.

Notre projet arrive à un moment charnière de réorganisation publique. Il pourrait être considéré présenté trop tôt ou très tard, mais comme la vie et la société ne s’arrêtent pas, il s’adapte à l’évolution des politiques publiques, des circulaires, des conventions, des lois et de décrets. Il peut même et doit participer à l’évolution et à l’adaptation de ces politiques en lien avec l’expertise « d’usage0 » des bénéficiaires, des utilisateurs, des acteurs que sont les habitants.

Le Conseil Général est actuellement en réflexion sur sa politique envers les Centres Sociaux avec la mise en place de la D.A.C. (Démarche d’Accompagnement Concerté) qui fait suite elle-même au P.A.D. (Processus d’Accompagnement Dynamique) qui redéfinit les contours de l’accompagnement des publics vulnérables. Le Département travaille et présente actuellement ses différents schémas départementaux (Personnes Âgées, Personnes Handicapées et Protection de l’enfance). Nous sommes acteurs dans ces différents champs de l’action sociale. Enfin un questionnement sur l’implantation géographique des Centres fait jour en partenariat avec la CAF.

L’État en réflexion sur 2 sujets :

  1. La mise en œuvre de la réforme territoriale et le regroupement de certaines intercommunalités va probablement questionner les complémentarités de structures sur un territoire plus large qu’actuellement. Il nous faut défendre la notion de proximité et de territoire pertinent pour notre projet. Dans cette réforme la question des compétences prises ou à prendre et des conditions de leur mise en œuvre sera déterminent.
  2. La future circulaire de l’éducation Nationale sur le temps scolaire va modifier le temps d’accueil des enfants et des jeunes et engendrera une réorganisation des ressources humaines dans les Centres Sociaux pour la prochaine rentrée.

Notre projet va devoir prendre en compte tous ces paramètres qui sont autant de facteurs déstabilisants que de facteurs structurants et propices à l’imagination, à l’initiative et la mise en œuvre du pouvoir d’agir des habitants.

« Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul…  » 
A. Camus

Pour télécharger le Rapport d’activité :  AG Rapports MA 2012

Actualités sociales et culturelles